Mars 2010
Ce qu'ils en pensent


Dissocier ou non l'entrepreneuriat féminin?
Mario Girard est un entrepreneur en série. Il est présentement PDG de la Fondation de l’entrepreneurship

Claude Ananou est chargé de formation au service de management à HEC Montréal. Il a fondé et dirigé plus d’une dizaine d’entreprises. Il est également administrateur au sein du conseil d’administration de la Fondation de l’entrepreneurship.

Selon vos observations sur le terrain, qu’est-ce qui distingue les entrepreneures des entrepreneurs?

MG
Tout d’abord, permettez-moi de vous dire que ça reste toujours délicat de faire des différentiations qui conduisent à des généralités. Dans ce cas-ci, il y a certainement des femmes qui ne correspondent pas à la généralité femme et viceversa mais allons-y quand même en gardant ça à l’esprit.
Les femmes de l’époque avaient peut-être besoin de jouer la « game de gars » pour se tailler une place mais je crois qu’aujourd’hui c’est bien différent. Je pense que la complémentarité des personnes est fondamentale et la femme entrepreneure peut apporter une vision et des idées différentes qui augmentent les chances de réussir. Plus une équipe sait couvrir l’ensemble des aptitudes et compétences requises pour mener un projet, plus elle ira vite et loin. De façon générale, je dirais que les femmes sont plus soucieuses des détails, sans doute aussi un peu plus préoccupées par l’aspect humain des choses.

On a déjà dit qu’elles étaient moins ambitieuses, mais je connais des femmes qui sont loin de manquer d’ambition et qui en ont plus que plusieurs hommes entrepreneurs; par contre, c’est vrai que chez les femmes, le côté émotif prend plus de temps à se cicatriser lorsqu’il est touché. Par ailleurs, elles prennent parfois un peu plus de temps à prendre des décisions.

CA
Il est vrai qu’on peut dégager des particularités des femmes et hommes entrepreneurs, même si je n’aime vraiment pas généraliser. Les femmes créent des entreprises plus petites avec une plus grande préoccupation pour la pérennité. Ce qui rend le démarrage plus accessible et contribue à un meilleur taux de survie! À mon sens, c’est génétique. C’est leur côté « protectrice du nid », plus de prudence, plus de défense, une portée plus locale. Les hommes, quant à eux, ont plus d’ambitions côté croissance, revenus, conquête des marchés internationaux, c’est leur côté « chasseur ». Avec son lot d’avantages et d’inconvénients. Or, il y a de nombreuses exceptions à ces généralités un peu « macho » (rires). Des études ont d’ailleurs démontré qu’hommes ou femmes, les entrepreneurs prennent des décisions importantes quasi identiques, et ce, plus rapidement que les gestionnaires.

Croyez-vous qu’on devrait cesser de différencier l’entrepreneuriat féminin de l’entrepreneuriat tout court? Pourquoi?

MG
Oui et non.
Oui parce qu’une femme entrepreneure a autant sinon plus de valeur qu’un homme entrepreneur. Les différencier nous amène à les comparer. Cela peut être vain parce qu’il existe de bonnes entrepreneures et de mauvais entrepreneurs et viceversa. Personnellement, je ne fais pas de différence aujourd’hui quand je rencontre une femme ou un homme entrepreneur. Ce à quoi je m’attarde est sa vision, sa passion et sa capacité à faire arriver les choses, car c’est plutôt ça qui compte en entrepreneuriat.

Non surtout pour les 18-35 qui doivent jongler avec un élément supplémentaire : la famille. La réalité des jeunes femmes entrepreneures est quand même plus complexe et il faut en tenir compte dans nos comparaisons. Un homme pourra bien faire sa part dans les charges familiales et prendre son congé paternité, mais il n’aura jamais à vivre la grossesse. Les femmes demeurent plus souvent qu’autrement les « chefs de famille » au Québec et portent sur leurs épaules toute l’organisation de la maisonnée. Il est normal que ce soit une priorité pour elles et qu’elles ne soient pas nécessairement sur la même longueur d’onde que les hommes en ce sens. C’est d’ailleurs probablement pourquoi les femmes ont plus tendances à se lancer dans l’aventure entrepreneuriale lorsqu’elles sont tout près de la quarantaine par rapport aux hommes qui se lancent plus jeunes.

CA
Oui, parce qu’à mon sens, l’entrepreneuriat, c’est du cas par cas. On ne peut mettre toutes les femmes dans le même panier et tous les hommes dans un autre. Selon l’éducation, l’expérience de vie et toutes sortes d’autres critères, il y a autant de différences entre un homme et une femme entrepreneurs qu’entre n’importe quels individus. Chaque entrepreneur et chaque projet d’entreprise est unique.